Si l’on a pu écrire du Mexique que « les Mexiques sont multiples », pour le Oaxaca on pourrait pousser la formule à l’extrême, au-delà de toute imagination.
Si l’on a pu écrire du Mexique que « les Mexiques sont multiples », pour le Oaxaca on pourrait pousser la formule à l’extrême, au-delà de toute imagination. À cause de la géographie accidentée, des peuples séparés par quelques sommets parlent des langues différentes et ont des vêtements et des coutumes totalement distincts : l’État détient le record du plus grand nombre de subdivisions administratives avec 570 municipios.
Qu’allez-vous alors découvrir sur votre route ? Loin d’être divisés, les peuples des huit régions de l’État se réunissent tous les ans en juillet à l’occasion du plus grand festival de l’État, la Guelaguetza. Lors de cette fête, ils présentent les danses de leur communauté à un public nombreux qui célèbre le multiculturalisme. Les Mixtèques, les peuples de l’isthme, de la montagne et de la côte, tous se retrouvent dans une célébration où les couleurs, les sourires, la bonne humeur et la fierté locale envahissent l’Auditorium Guelaguetza, sur le Cerro del Fortín, une colline de Oaxaca.
Lorsque vous arrivez en ce lieu, la musique des fanfares (appelées ici banda de viento) vous accueille alors que les sons des clarinettes et des trombones vous assaillent. En voyant sauter les danseuses sur la scène, impossible de ne pas vous sentir contaminé par l’énergie du Jarabe Mixteco, ou de ne pas admirer l’envol des jupes de Putla, l’élégance du costume des Tehuanas (femmes de Tehuantepec) ou le baroque haut en couleur de la chorégraphie de la danse dite « Flor de Piña » (« fleur d’ananas » en français). Vous en sortirez électrisé !
Les Calendas
Les processions des rites chrétiens sont entrées de nos jours dans le folklore populaire comme des événements festifs et païens, appelés Calenda (ou « calendes » en français ») à Oaxaca. Les explosions des pétards et des fusées d’artifice servent d’appel à la population – ne vous inquiétez donc pas ! – la musique de la fanfare inonde les rues : sortez lorsqu’elle se rapproche pour profiter du spectacle. Des femmes en costume traditionnel portant des paniers remplis de fleurs sourient fièrement et derrière elles, les Monos de Calenda (« singes des Calendes »), énormes marionnettes de papier mâché, dansent une sorte de carnaval. Ce cortège, irrésistible, parcourt les rues de la capitale, rejoint au fur et à mesure par la foule. Venez danser avec nous lors de la Calenda !
Le Día de muertos ou jour des morts
Les parfums du mole, du chocolat, du copal – l’encens mexicain – et des œillets d’Inde (appelés ici « fleur des morts » ou « cempasúchitl » en nahuatl), flottant au-dessus d’un lit de pétales et des bougies montrent aux esprits le chemin du retour à la maison, pour venir partager avec leurs proches la nourriture qu’ils aimaient au cours de leur vie terrestre. C’est le jour des morts au Oaxaca.
Des autels ornent pratiquement tous les endroits imaginables : bâtiments publics, écoles, bureaux et tout particulièrement les maisons. À certains endroits, des tapis de sable coloré reconstituent des scènes de l’imaginaire mexicain. Ils seront peu à peu effacés par le vent, nous rappelant ainsi le caractère éphémère de la vie.
Même si c’était déjà une tradition bien ancrée dans les cultures autochtones, avec l’arrivée des Espagnols, les pratiques et les croyances se sont adaptées et un syncrétisme unique au monde est né de la rencontre entre le catholicisme et le voyage depuis le Mictlán, l’inframonde, auquel croyaient les peuples préhispaniques depuis des siècles.
Ainsi, pour les recevoir avec une fête animée, préparée des jours à l’avance et qui culmine entre le 31 octobre et le 2 novembre, les familles confectionnent les plats préférés des défunts, puis les placent sur les autels décorés de crânes en sucre et de papier découpé (dit papel picado) de toutes les couleurs. Ensuite un petit banquet est organisé, en général dans le cimetière même. On y mangera forcément le traditionnel pan de muerto (pain des morts), sorte de brioche qui accompagne délicieusement une tasse de chocolat de Oaxaca.
Certaines familles gavent également un dindon dans les semaines qui précèdent pour ensuite préparer sa viande arrosée du traditionnel mole.
En tant que visiteur, allez vivre cette expérience incroyable en vous promenant dans un cimetière. Si vous souhaitez partager le sentiment des Mexicains, achetez des bougies et des fleurs pour les déposer en offrande sur une tombe sur laquelle personne ne s’est rendu cette année.
La noche de rábanos ou la nuit des radis
Pouvez-vous imaginer des versions miniatures de bâtiments, de créatures mythiques ou de scènes historiques réalisées en… radis ? Voici encore une des nombreuses surprises que cette terre vous réserve. La tradition est née en 1800, lorsque les vendeurs cherchaient, à travers des figurines compliquées, à attirer la clientèle. Cette coutume fut à l’origine d’un concours qui est de nos jours un festival – la Noche de Rábanos – fêté tous les 23 décembre.
Les artisans exposent leurs œuvres sur des tables disposées sur le Zócalo (la place principale). Si les radis en sont bien la matière première, certains artistes utilisent des fleurs séchées ou des totomoxtles (les spathes ou feuilles qui protègent l’épi de maïs) pour créer des œuvres époustouflantes. Vous en rencontrerez sûrement certains en plein processus créatif. Leur dextérité vous laissera certainement bouche bée. Une fois l’exposition installée, attendez-vous à faire la queue pour pouvoir admirer les œuvres.